03 Juin Servir plutôt que mener
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Transcription de l’épisode :
Salut, chers amis ! J’espère que vous allez bien. Merci de me rejoindre pour ce nouvel épisode de Marchez avec Johan.
Aujourd’hui, j’ai dû me réfugier à l’intérieur. Se réfugier, ça veut dire aller presque se cacher, aller quelque part, aller se protéger quelque part, parce qu’hier, quand j’ai voulu enregistrer mes épisodes, il y avait énormément de vent, et même si mon micro est bien, même si je suis bien équipé, c’est assez compliqué de parler quand il y a beaucoup de vent. Donc, je me suis réfugié, je suis dans la chambre de ma fille, Emma, pour tout te dire, et donc, je vais enregistrer aujourd’hui des épisodes, et la chose dont je voudrais te parler aujourd’hui, c’est une chose qui est liée au développement personnel et au fait d’aider les autres, d’être utile aux autres.
Tu sais, aujourd’hui, on parle beaucoup de leadership, on dit qu’il faut être un leader, il faut influencer, il faut diriger, il faut être visible, et on a tendance à vraiment élargir ça, pas seulement au domaine de l’entreprise comme auparavant. Avant, c’était lié à l’entreprise, où on disait qu’il faut être un leader, il faut aider les autres, mais dans notre vie personnelle, nous avons aussi besoin de leadership. Quand on est père de famille ou mère de famille, ou grand frère, on a toujours besoin de – j’allais dire influencer, mais ce n’est pas le bon terme – de mettre à disposition nos compétences pour les autres. Donc, le leadership, déjà, ça ne touche pas seulement le domaine de l’entreprise.
Et moi, je n’ai jamais été à l’aise avec le terme de meneur, de leader, d’influenceur. J’ai toujours préféré l’idée d’entraide, l’idée de mise à disposition de ses compétences, partager ce qu’on sait, partager ce qu’on a appris, l’idée de solidarité, ça vient de mon papa. Mon père a toujours été très sensible à cela et m’a toujours énormément influencé pour que je sois solidaire et que j’aie envie d’aider les autres.
Récemment, j’ai découvert quelque chose d’intéressant, c’est que dans la Bible, le mot « serviteur » apparaît environ 900 fois, alors que le mot « leader » ou vraiment l’idée moderne du leadership, elle est presque absente ; cette idée n’apparaît que six fois. Je pense qu’il y a quelque chose de profond là-dedans et cela matérialise un peu un concept que je comprenais intuitivement et qui s’éclaircit aujourd’hui, et c’est exactement ce dont je souhaite te parler aujourd’hui.
C’est que le vrai leadership, ça commence toujours par le service.
Pour ça, le titre de l’épisode résume tout : « servir plutôt que mener ». Quand on veut aider les autres, il faut être capable de se sacrifier pour eux. Je vais donner quelques exemples ensuite.
Être un leader, c’est avoir des priorités et s’y tenir. On ne peut pas dire : « Moi, ma famille, c’est ma grande priorité », et travailler 13 heures par jour, partir au travail quand ses enfants dorment et rentrer quand ils dorment.
Ça ne marche pas, ça. Ça ne marche pas. Ou alors, quand je dis « ça ne marche pas », je ne juge pas. Celui qui veut vivre comme ça peut vivre comme ça, mais dans ce cas, c’est son travail qui est sa priorité et pas sa famille, et c’est son choix personnel.
Ce que je reproche ici, ou ce que je souligne ici, c’est un peu un côté pas tout à fait honnête, parce qu’on ne peut pas dire « ma famille a ma priorité » si, en fait, c’est le travail. Le service ici, dans le cadre du leadership, c’est aussi d’effacer l’égoïsme.
On pense aux autres, pas seulement à soi, c’est le contraire de l’individualisme. Et malheureusement, c’est assez contre-culturel aujourd’hui. La culture actuelle nous pousse à être très individualiste, à penser d’abord à soi avant de penser aux autres.
Et donc, il faut bien comprendre que si on veut servir – parce que là, on parle de leadership, mais comme je l’ai dit, on parle de service – il faut être capable de renoncer en partie à soi. On ne veut pas renoncer complètement à soi, ce n’est pas possible, mais il faut être capable de renoncer à une partie de soi, c’est-à-dire renoncer ; ça veut dire accepter de perdre, ça veut dire accepter que cette chose ne soit plus à nous, la donner aux autres. Eh bien, il faut savoir renoncer à son temps, il faut savoir renoncer à son attention, à ses envies ou à certaines de ses envies, à son ego.
Donc, il faut être capable de dire « Ok, moi, j’ai 24 heures dans ma journée, mais ces 24 heures ne m’appartiennent pas qu’à moi ». Un certain nombre de ces heures, je vais les mettre à disposition de ma famille pour les aider ou d’autres personnes. Pareil pour l’attention, le fait de mettre son énergie, de mettre ses pensées, de mettre sa conscience vers quelque chose ou quelqu’un, ça, c’est pareil.
Je ne vais pas pouvoir avoir toute l’attention pour moi-même, je ne vais pas pouvoir penser qu’à moi-même. Je vais avoir mon attention pour les autres, parce que c’est inutile de passer du temps avec ses enfants, par exemple, si c’est pour ne pas leur accorder d’attention, si c’est pour les laisser dans leur coin ou être à côté et penser au travail, ça ne marche pas.
Donc, tu vois, c’est ça : renoncer à une partie de soi, de son temps, de son attention, de ses envies. Peut-être que là, j’ai envie de faire une partie d’échecs et pourtant, j’enregistre un podcast Marchez avec Yoann.
Peut-être qu’hier soir, j’avais envie de lire un livre, un livre pour moi, et pourtant j’ai lu un livre à Raphaël. Peut-être que j’avais envie de me coucher, mais pourtant j’ai passé un peu de temps à discuter avec Céline. Tu vois, servir quelqu’un, c’est souvent accepter d’être interrompu, accepter de ralentir et accepter que tout ne tourne pas autour de nous et de nos priorités.
C’est quand même hallucinant, parce que j’ai décidé – je ne sais pas si tu entends –, mais j’ai décidé d’être à l’intérieur pour ne pas être gêné par le vent, et il y a un voisin qui – je ne sais pas ce qu’il est en train de faire –, ils sont en train de couper : il coupe des arbres.
Je crois que je vais changer de pièce, parce que je ne sais pas si tu l’entends, mais moi, je l’entends et ça me dérange. Donc, changeons de pièce. Je quitte la chambre d’Emma, pour tout te dire, pour aller dans ma chambre, moi, la chambre dans laquelle je dors, et ce sera peut-être plus calme.
En tout cas, moi, je n’entends plus rien, et j’avais choisi la chambre d’Emma parce que c’est celle où il y a le moins de résonance, mais c’est OK. Donc, je te disais que pour servir, il fallait donc être capable de renoncer à une partie de soi, et je voulais te donner quelques exemples ; j’en ai pris quelques-uns précédemment, mais il faut savoir faire passer des moments pour les autres.
J’ai eu récemment un exemple, je te parle de ça, c’était la semaine dernière, où Emma est venue me voir ; elle avait besoin que je l’aide à se préparer pour un oral pour son brevet. Elle passe le brevet des collèges. Il était 15 heures, et bien sûr, moi, à 15 heures, je travaille, et j’ai arrêté mon travail, et je lui ai accordé, évidemment, 30 minutes pour l’aider à préparer son brevet.
Et ça, c’est du service, c’est du vrai leadership, c’est du vrai service. Toujours avec Emma, on a eu des petits soucis. Elle a un appareil dentaire dans la bouche et cet appareil, c’est difficile à expliquer, mais il y a eu un morceau de métal qui est entré dans sa gencive et donc, il a fallu que j’aille résoudre le problème. Nous avons dû voir trois médecins pour ça et ça m’a pris une dizaine d’heures à résoudre le problème avec elle.
Parfois, quand on est fatigué, il faut savoir quand même écouter les autres. Typiquement, c’est des cas où le soir, il est 21 heures, moi, j’ai envie de dormir parce que je me lève à 5 heures et Céline, elle, non. Elle a envie de parler parce que toute la journée, on a été avec les enfants et donc, savoir garder l’oreille pour elles.
Ça aussi, c’est du service. Être présent avec mes enfants quand on joue, plutôt que de penser à Français Authentique ou autre. Intervenir dans le lycée d’Emma, je t’en avais parlé. J’avais fait une intervention dans le lycée français dans lequel sont mes enfants, à la demande d’Emma. Emma m’a dit : « Papa, tu pourrais parler de ton expérience ? »
Je n’avais pas vraiment envie, je l’ai fait. » Tom a eu quelques soucis récemment au niveau de son comportement à l’école. C’est un très gentil garçon, mais il avait tendance à manquer de concentration et à parler avec ses copains. Et donc, j’ai essayé de lui enseigner avec bienveillance comment résoudre ce problème plutôt que de le punir. J’ai partagé avec lui ce que je sais.
On s’est fixé des objectifs, des objectifs qui étaient mesurables, on les a écrits sur un bout de papier et on les revoit ensemble régulièrement. Ça, c’est des compétences qu’il gardera toute sa vie et que j’essaie de lui transmettre dans le cadre de mon service.
Parce qu’aujourd’hui, on a une sorte d’égoïsme moderne qui est en place et qui nous pousse à chercher toujours notre intérêt personnel. On veut optimiser chaque minute, on veut protéger son énergie en permanence et ça, c’est tiré du développement personnel. On va dire : « Oui, il faut optimiser ton temps, ton énergie pour atteindre tes objectifs » et parfois on peut perdre de vue qu’il y a du temps et de l’énergie qu’on met à disposition des autres.
Et ça, on veut le sacrifier, et on est d’accord pour le sacrifier, parce qu’une vie entière, ou une vie qui serait entièrement centrée sur soi-même, ce serait une vie qui serait vide, finalement. Donc, la grande difficulté, évidemment, parce que quand je le présente comme ça, ça semble évident, facile, mais en fait, la difficulté, c’est de trouver le bon équilibre, la balance idéale, parce qu’on peut aussi très vite tomber dans l’autre extrême, dans l’autre excès, et n’être qu’un serviteur, et ne servir que les autres. Donc, servir les autres, ça ne veut pas dire s’oublier, parce que sinon, on va être fatigué, on va être même épuisé.
On sera incapable d’aider parce que si toi-même, tu es vide, tu es complètement vidé, eh bien, tu ne vas pas aider ni aimer même les autres correctement. Il faut trouver l’équilibre entre le travail, la fatigue, le soin de son corps, le repos, la spiritualité et l’équilibre demande franchement des évaluations permanentes.
Moi, je pense être passé par des périodes un peu trop poussées, notamment du côté du travail. J’ai toujours donné une grande priorité à ma famille ou une grande importance au service de ma famille, mais pendant longtemps, j’avais tendance quand même à dire « non, ça, je ne peux pas, je donne priorité au travail ». J’ai eu une période où j’ai eu tendance à dire « bon, maintenant, c’est priorité à la famille au détriment du travail » et j’ai peut-être pendant quelques mois été un peu trop extrême sur ce point.
Donc, la balance, elle est très difficile à trouver, mais je pense qu’il faut avoir un certain nombre de règles et essayer de faire de son mieux sans trop non plus calculer.
Donc, tu vois, le leadership, le fait de mener, ce n’est pas avoir les réponses à tout. C’est une chose que je pensais à un moment. Je me disais, pour être un bon meneur vis-à-vis de mes enfants, il faut que je sois là, fort, il faut que je puisse répondre à toutes leurs questions. Mais, en fait, ce n’est pas ça. C’est déjà être présent, être là pour eux quand ils ont besoin, être stable, être fiable.
Donc, stable et fiable, tu vois, ils doivent savoir, mes enfants, que s’ils viennent me voir, je serai là, ou, si je ne suis pas disponible, je leur dirai : « pas de problème, on se verra plus tard ».
mais ils doivent être en sécurité et sentir que je serai absolument là pour les écouter et les aider. Et je ne veux pas être une personne instable, où un coup, je dirais « Mais oui, pas de problème ! » et le lendemain, « Non, mais tu ne vois pas que je travaille ! » Ça, ça ne fonctionne pas, en fait.
Donc, être là et écouter, c’est bien souvent le plus important en fait, la base du service. C’est juste être présent et écouté, présent physiquement, présent mentalement, parce que beaucoup des actes les plus importants dans la vie sont invisibles.
On se dit : oui, il faut que je sois prêt, que j’aie toutes les réponses, que je puisse régler son problème, si on parle des enfants ou même des personnes avec lesquelles on travaille, mais en fait, non, juste être là et avoir envie d’écouter sincèrement.
Voilà un peu ce que je voulais te dire aujourd’hui. Aussi, le but, ce n’est clairement pas d’être admiré ou de se sentir indispensable, personne ne l’est. Il y a d’ailleurs un proverbe français qui dit « Des gens indispensables, il y en a plein dans les cimetières ». Je te laisse réfléchir et méditer là-dessus.
Le but, c’est d’être utile, d’être fidèle, d’être là et je pense que c’est ce que ceux qui sont autour de nous attendent et espèrent.
Voilà, j’espère que ça t’a plu. Si c’est le cas, n’hésite pas à partager cet épisode avec d’autres qui apprennent le français, parce que ça aide beaucoup Français Authentique. Évidemment, moi, je n’ai pas l’intention de chercher à développer Français Authentique à tout prix. Par contre, en termes de nombre, de quantité, je cherche à continuer de maintenir une audience de qualité, des gens qui ont envie d’améliorer leur vie, qui ont envie d’apprendre, qui sont passionnés par la France et sa culture.
Donc, si tu te reconnais là-dedans et que tu reconnais des amis, n’hésite pas à partager. Et bien sûr, tu peux aussi laisser 5 étoiles au podcast de Français Authentique, ça nous aide beaucoup. Merci de m’avoir écouté aujourd’hui, et on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de Marchez avec Johan. Salut !