La réforme de l’orthographe

La réforme de l’orthographe

On parle beaucoup dans les médias de la réforme de l’orthographe qui va être mise en place dans les livres scolaires à la rentrée 2016. Vous avez été nombreux à me questionner sur le sujet sur la page Facebook de Français Authentique.

Dans cet épisode je vous explique en quoi cette réforme consiste et vous donne mon avis sur le sujet. Bonne écoute 🙂

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Transcription de l’épisode :

Bonjour les amis et bienvenus dans ce nouvel épisode de Français Authentique. Alors, le sujet que je vais aborder aujourd’hui – je ne vais pas vous expliquer le sens d’une expression – mais je vais aborder un sujet, en fait, dont on parle beaucoup sur la page Facebook de Français Authentique. Et avant vos premières questions, vos premiers témoignages, je me disais déjà : « Oh, il faut que j’en parle, il faut que je donne mon avis sur le sujet. » Vous êtes de plus en plus nombreux à me demander ce que j’en pense : il s’agit de la réforme de l’orthographe français. On en parle beaucoup en France en ce moment. C’est un sujet qui est un peu politique et je vais déjà commencer par vous expliquer ce que c’est, de quoi s’agit-il, et ensuite, je vous donnerai mon avis même s’il n’est pas tranché à 100%. Je vous donnerai mon avis et je vous dirai ce que j’en pense.

Qu’est-ce que cette réforme de l’orthographe français ? On le voit dans tous les journaux et comme d’habitude, les journalistes – je pense que c’est pareil dans tous les pays – ne font pas un super travail pour nous expliquer exactement de quoi il s’agit. Et quand vous discuter avec les gens, avec vos amis, avec votre famille … En fait, tout le monde en parle mais personne ne sait exactement de quoi il s’agit ; enfin, peu de monde sait exactement de quoi il s’agit. Et la première chose à savoir, c’est que ce n’est pas un sujet qui est nouveau. En 1990, il y a l’académie française qui a fait un certain nombre de recommandations sur la façon d’écrire certains mots, la façon d’utiliser l’accent circonflexe par exemple – je crois qu’il n’y a qu’en français, qui est comme une sorte de chapeau. En français, vous avez l’accent aigu qui part d’en haut à droit pour aller finir en bas à gauche ; vous avez l’accent grave qui part en haut à gauche pour finir en bas à droite ; et vous avez l’accent circonflexe qui fait une sorte de chapeau chinois. Et l’académie française, elle a fait un certain nombre de recommandations qui ont été acceptées et donc, c’était quelque chose qui n’était qu’à l’état de recommandation : ça veut dire que vous n’étiez pas obligés de l’utiliser et si vous ne preniez pas en compte les changements préconisés par l’académie française, eh bien, ce n’était pas une erreur. Donc, vous aviez deux façons d’écrire les mots. Ces recommandations ont été faites en 1990 et là, elles vont apparaître dans les manuels scolaires à la rentrée 2016, donc, c’est pour ça que tout le monde commence un petit peu à donner son avis et à parler de choses qu’ils ne connaissent pas forcément.

C’est, en fait, un sujet qui a 26 ans, qui va maintenant arriver de façon officielle dans les livres, dans les manuels scolaires français à la rentrée 2016. Et, comme je vous le disais, c’est un sujet politique ; tout le monde l’utilise ; le pouvoir en place l’utilise parce que tant qu’on parle de ça, on ne parle pas des sujets qui sont plus gênants. L’opposition utilise ça pour critiquer le pouvoir en place ; les journalistes critiquent – comme toujours. J’aime bien les journalistes mais ils ne donnent pas un avis forcément toujours objectif. En tout cas, il y a 2400 mots qui sont concernés par cette réforme et l’idée, c’est par exemple … Vous voyez, quand vous discutez avec des gens, ils vont vous dire : « Oui, on veut supprimer l’accent circonflexe. » Ce n’est pas vrai ; ce n’est pas qu’on veut supprimer l’accent circonflexe, c’est que, par exemple, sur le mot « coût » – un coût, c’est quelque chose qui coûte de l’argent – ils veulent enlever l’accent circonflexe pour écrire « cout ». Donc, c’est en fait une idée de simplification. C’est la même chose pour le mot « paraître » et ils préconisent de ne plus mettre d’accent circonflexe, de mettre « paraitre » (avec un « i » normal), ce qui n’est pas idiot à mon avis. Donc, il y aurait une suppression partielle de l’accent circonflexe et surtout sur les « i » et les « u ». « Partiel » veut dire : « Pas sur tous les mots », donc, ce ne sera pas sur tous les « i » et pas sur tous les « u » et l’accent circonflexe restera largement utilisé dans la langue française. Il y a également la suppression du trait d’union : par exemple, week-end, aujourd’hui, vous l’écrivez – ça vient de l’Anglais – « week-end » en deux mots avec un trait d’union entre les deux et l’académie français propose … ou dans cette réforme, on écrira weekend en un mot. Pareil pour extraterrestre : les extraterrestres sont des gens qui vivent ailleurs que sur la terre. On l’écrira en un mot au lieu d’écrire « extra-terrestre ». Et il y a également quelques mots comme oignon : oignon s’écrit O I G N O N, donc, il faudra enlever le « i » pour dire « ognon » ; donc, l’écrire en fait comme ça se prononce. Pareil pour nénuphar : nénuphar, c’est P H A R à la fin et là, ça s’écrirait FAR. Donc, vous voyez, 2400 mots, c’est beaucoup mais des mots qu’on n’utilise pas tous les jours et certains changements qui ne sont pas sur le fond « idiots » et qui ne sont pas illogiques.

Donc, qu’est-ce que j’en pense ? Parce qu’on me demande beaucoup sur Facebook ce que j’en pense. En fait, je suis plutôt contre cette réforme. Ça peut vous surprendre parce que depuis tout à l’heure je suis resté relativement neutre. En fait, je trouve que ce qu’il y a de bien – je vais commencer par ce qu’il y a de bien – c’est qu’il y a beaucoup de langues, notamment l’Allemand, où les choses s’écrivent comme vous les prononcez. Et cette réforme… par exemple, avec le mot « ognon », avec le mot « nénufar », ça veut faire ça, ça veut faire en sorte que plein de mots qui… Je ne vois pas pourquoi il y a un « i » à oignon ; « oignon », si vous le prononcez avec un « o », il faut l’écrire avec un « o ». Et donc, le  plus de cette réforme, c’est que ça peut être une simplification, notamment pour ceux qui commencent ou qui apprennent le Français [de] dire : « Voilà, « ognon », on l’écrit avec un « o » parce qu’on prononce « ognon » », donc, ce n’est pas illogique. Ça, c’est un point positif. Un autre qui va en faveur de ce changement, c’est que malgré tout, la langue évolue. Si vous lisez des livres originaux de Molière ou des Fables de la Fontaine, enfin, des livres en vieux Français, vous verrez que les mots ne s’écrivaient pas pareil du tout. La langue a beaucoup évolué, que ce soit l’oral ou à l’écrit, donc, après tout, pourquoi être vraiment à 100% fermé à cette réforme ? Donc, vous voyez, il y a quand même des points positifs. Par contre, moi, il y a plusieurs choses qui me gênent.

La première, c’est que – comme vous le savez certainement, j’ai travaillé pendant longtemps en Autriche, en Allemagne, donc, j’ai appris l’Allemand et il m’est arrivé de poser la question : « Comment s’écrit ce mot ? » à des germanophones, des gens dont l’Allemand était la langue maternelle. Ils me disaient : « Ah, je ne sais plus. Dans l’ancienne … » – j’aurais dû le préciser : les Allemands, en 1996, ont fait une réforme de leur orthographe, donc, un petit peu ce que nous, on veut faire, ce que les Français veulent faire maintenant. Donc, quand je pose une question, on me dit : « Ah, je ne sais plus ; avant, ça s’écrivait comme ça, maintenant, ça s’écrit comme ça ; ah oui, c’est peut-être l’inverse. » Et je m’aperçois qu’il y a des gens qui écrivent avec l’ancienne orthographe. Ceux qui ont appris ou qui ont écrit toute leur vie ou pendant 40-50 ans d’une façon, ils ne peuvent pas changer du jour au lendemain. Donc, vous vous retrouvez avec des gens qui écrivent à l’ancienne façon, des gens qui écrivent à la nouvelle façon et des gens qui, à force de lire les deux, écrivent des deux façons, donc, font un mélange ; et ça, je trouve que ce n’est pas forcément bien. Et je l’ai vu en Allemagne – même si ça ne gêne pas au quotidien – je trouve idiot d’avoir deux façons d’écrire, enfin, trois même parce que les gens font des mélanges et plus personne ne sait exactement ce qu’il en est. Donc, ça, c’est le premier point que je trouve un petit peu idiot.

En plus, deuxième point, le Français est quand même une langue assez difficile comme ça ; je ne vois pas pourquoi on va encore rajouter des exceptions parce que d’un côté, on enlève des exceptions ou on simplifie comme le mot « ognon » ou « nénufar » mais d’un autre, on vient rajouter des exceptions, on vient rajouter des cas particuliers ; ce qui n’est pas forcément judicieux à mon avis et en plus, comme je vous le disais, ça risque… Le Français est assez dur comme ça ; on se pose souvent, même en tant que francophone, la question : « Comment écrire ce mot-là ? Je ne suis plus sûr. » Donc, si l’on vient en plus nous mettre une réforme de l’orthographe, ça va être assez dur comme ça. J’entends beaucoup – je ne sais pas si c’est ce qui se passe derrière, si c’est vraiment la motivation des personnes qui veulent réformer l’orthographe – mais certaines personnes disent : « Oui, le Français est trop dur, donc, on veut aider ceux qui l’apprennent (la génération actuelle) à l’apprendre plus facilement. » On fait trop de fautes, donc, on modifie le Français. Si c’est la vraie motivation, alors, là, je suis complètement contre parce que, après tout, on a été des millions de Français à apprendre l’orthographe actuelle et personne n’en est morte. Je ne pense pas que c’est en changeant ou en simplifiant l’orthographe qu’on va faire en sorte que les gens écrivent mieux parce que les erreurs de fond, les grosses erreurs sur les participes passés, etc., les gens continueront à les faire.

Donc, si c’est la vraie motivation, je trouve ça ridicule. Si la motivation, c’est de simplifier et de rendre plus logiques certains cas, je dirai « pourquoi pas ? » Mais la chose pour laquelle je suis le plus contre, c’est que – je ne pense pas que ce soit typiquement français, je pense que c’est le même chose dans tous les pays, dans la majorité des pays – là, où la presse et les journalistes et l’opinion publique (les gens qui discutent entre eux) qui sont en train de débattre – c’est ce que je suis en train de faire en ce moment aussi – sur un sujet qui, finalement, n’est pas très important. Je veux dire, qu’on écrive « ognon » ou « oignon », qu’on écrive « nénufar » avec un « f » ou « ph » ; qu’on mette un accent circonflexe sur le « u » de « cout » ou sur le « i » de « paraitre », ce n’est pas vraiment quelque chose qui va révolutionner la vie des Français et ce n’est pas quelque chose qui va changer la vie de ceux qui l’apprennent. Donc, même si moi, je suis partisan de bien écrire ; je suis partisan d’une société qui prend soin de sa langue ; je suis partisan d’une société dans laquelle les gens comme vous qui apprenez une nouvelle langue, eh bien, essayez de l’écrire du mieux possible et de faire le moins d’erreurs possibles – même si c’est impossible ; moi, je faisais plein d’erreurs quand j’écrivais en Allemand ; je fais plein d’erreurs quand je parle ou j’écris en Anglais. J’essaye toujours de  m’améliorer mais j’essaye à aucun moment d’être parfait. Et donc, je pense que là, on est en train de se chamailler … (« se chamailler », ça veut dire « se disputer » ; ça veut dire « débattre, échanger des avis opposés. ») On est en train de se chamailler sur un sujet qui n’est pas du tout important et je pense que ça arrange bien les politiques actuelles parce que pendant qu’on parle de ça, on parle moins du chômage, on parle moins d’autres sujets qui  sont beaucoup beaucoup plus critiques et c’est ce qui me gêne le plus ; c’est que la presse parle de ce qui arrange un petit peu les politiques, qui, eux-mêmes, eh bien, pour faire oublier certains sujets, parlent de ce sujet-là et les gens, dans la vie de tous les jours sont influencés par la presse et parlent de ce qu’il y a dans la presse. Donc, c’est ce que je trouve un peu dommage.

En résumé, en gros, c’est que pour moi, le sujet n’est absolument pas fondamental ;  j’ai tendance à être contre parce que, après tout, pourquoi changer l’orthographe ? Ça va créer plus de discussion que ça va n’apporter de simplification, à mon avis parce que, du coup, maintenant, il se posera quand même la question, quand une personne va apprendre à écrire le mot  « ognon », elle va quand même,  même si elle l’écrit avec un « o » et pas « oi », elle va entendre quelqu’un lui dire : « Oui, tu sais, avant, ça s’écrivait « oi » ; maintenant, ça s’écrit « o », il y a eu une réforme de l’orthographe et blablabla ». Donc, on va dans tous les cas toujours en parler et même si une idée de base serait de simplifier, ça va compliquer parce que même si les mots s’écrivent de façon plus logique, dans tous les cas, on va en parler, on va débattre du sujet et donc, c’est un sujet qui, à mon sens, n’est pas fondamental – je suis plutôt contre ; par contre, je me demande pourquoi on s’étonne de ça maintenant alors que la réforme, comme je vous le disais, elle a quand même 26 ans et c’est là où je dis que la presse ne fait absolument pas son travail sur ce sujet-là en tout cas : c’est que pendant 26 ans on n’entend pas parler de ce sujet, et tout d’un coup, les journalistes se réveillent parce que c’est à l’ordre du jour, parce que ça va arriver dans les manuels scolaires, mais c’est au dernier moment que les gens se réveillent pour nous parler de ce sujet qui est vieux de 26 ans et ça, je ne trouve pas ça forcément très logique.

Donc, voilà pour mon avis sur le sujet de la réforme de l’orthographe. Orthographe continuera de s’écrire ORTHOGRAPHE. On peut se demander pourquoi à la place de PHE, ils n’ont pas mis un « f » pour faire « orthografe » et pour simplifier. C’est ce que je vous disais : d’un côté, on va dire nénufar (on passe de « ph » à « f ») mais « orthographe », on laisse avec « ph ». Donc, la réforme de l’orthographe « ph » sans « f », voilà pour mon avis.

 

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