Comment apprendre une langue efficacement avec Adrien (I speak spoke spoken)

Comment apprendre une langue efficacement avec Adrien (I speak spoke spoken)

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Transcription de la vidéo :

Salut chers amis, merci de me rejoindre.  Aujourd’hui, je suis très très heureux de pouvoir accueillir quelqu’un sur notre chaîne et il s’agit d’Adrien. Adrien, je l’ai rencontré en juin 2016 à Berlin pour la conférence… une conférence polyglotte et Adrien est Français, mais il enseigne l’anglais sur sa chaîne YouTube, sur son site ispeakspokespoken. Tu as le lien en bas pour découvrir la chaîne d’Adrien. Adrien a de l’expérience dans l’enseignement de l’anglais, mais il a aussi enseigné le français à l’étranger et lui et moi, on partage le goût pour les méthodes d’apprentissage naturelles. Il a appris l’anglais, le russe, l’allemand et il sait donc comment on peut mieux apprendre des langues étrangères. Donc, il partage avec nous dans l’interview qui arrive dans un instant ses meilleurs conseils pour mieux parler une langue. Evidemment, ça va s’appliquer à ton français. Comment mieux s’exprimer en français ? C’est parti, on écoute ce qu’Adrien a à partager avec nous sur le sujet.

Johan : Salut Adrien !

Adrien : Salut Johan !

Johan : Adrien, merci beaucoup de prendre du temps pour partager ton expertise avec nous. C’est très sympa de t’avoir. J’ai déjà partagé dans la petite introduction, l’endroit dans lequel on s’est rencontré, pourquoi je t’ai invité. Est-ce que tu peux déjà nous faire, malgré tout, une petite présentation rapide de qui tu es et ce que tu fais ?

Adrien : Bien sûr, avec grand plaisir ! Merci de m’accueillir et bonjour à tous ou bonsoir à tous, à tous ceux qui me regardent. Je suis Adrien de la chaîne I speak spoke spoken et je suis formateur en ligne pour la langue de Shakespeare, spécialement pour nos amis évidemment Français, mais pour tous les francophones de manière générale et c’est quelque chose que je fais depuis environ 2016.

Johan : 2016, d’accord ! Là, t’habites dans le Sud-Est de la France, c’est ça ?

Adrien : Non, là, je suis dans le Centre Sud-Est à côté de Lyon.

Johan : D’accord, à côté de Saint Etienne ?

Adrien : Exactement, je suis à Saint Etienne.

Johan : Tu as , et c’est une des raisons pour lesquelles je t’ai invité, pas mal d’expériences en termes d’apprentissage des langues puisque tu parles couramment l’anglais, évidemment puisque tu l’enseignes, mais tu parles aussi le russe et j’aurais déjà voulu que tu nous en parles un petit peu plus en détails, que tu nous dises pourquoi tu t’es mis à apprendre des langues et en particulier le russe parce qu’il y a peu de francophones qui apprennent le russe.

Adrien : Alors, je me suis décalé… Je vais peut-être parler un petit peu plus lentement.

Johan : Ton rythme est bon.

Adrien : Parfait ! Tu m’arrêtes tout de suite si je fais des bêtises. Je me suis décalé à l’Est progressivement, c’est-à-dire que et bien en fait il fallait pour moi, maîtriser la langue anglaise, c’est quelque chose que je pensais depuis au moins le lycée, ça allait plus être une option en tant que francophone habitant en France, mais de manière générale, en fait, ça allait devenir une obligation et moi, j’avais besoin de la liberté que la maîtrise de la langue anglaise pouvait m’apporter. Il peut et il m’apporte aujourd’hui. Donc, j’ai commencé en gros d’une manière pratico-pratique. C’était l’anglais.

Après, deuxième langue, j’ai fait l’allemand, j’ai habité en Allemagne, etc. Et après, j’ai fait le russe pour diverses raisons à chaque fois parce que ça me servait pour le travail, le luxe puisqu’avant, je travaillais dans les boutiques sur la Côte d’Azur (il y a de ça presque 10 ans) et du coup, en fait, on avait une grosse clientèle russophone et d’ailleurs, c’est un excellent métier pour pratiquer beaucoup de langues depuis le pays où on vit et de faire tourner ces langues tout au long de la journée parce que vous ne parlez pas qu’anglais par exemple.

Johan : Oui, là, t’as un Russe qui vient commander, ben, tu le sers en russe ; un Allemand en allemand, donc, ça te permet de pratiquer pas mal.

Adrien : Dans la restauration, si tu es à Paris dans la restauration, tu peux, dans certains établissements, ça dépend, mais je pense qu’il faut retrouver à peu près le même schéma en fait.

Johan : Là, tu parles quatre langues : français, anglais, allemand, russe.

Adrien : Voilà. Et l’espagnol, je comprends l’italien aussi. Je peux m’exprimer un peu en espagnol, mais bon, ce n’est pas terrible. Et en fait, de toi à moi, le nombre de langues que je parle m’importe franchement très peu puisque quand tu commences à maîtriser, t’arrives déjà à ta troisième langue et surtout que moi j’ai la racine germanique, j’ai la racine latine et j’ai la racine slave. Donc par exemple, si aujourd’hui je voulais apprendre le polonais ou le croate, ou le serbe, ça irait beaucoup plus vite, en fait, que quelqu’un qui maîtrise dix langues latines.

Johan : Ouais, d’accord, donc pas mal d’expérience dans l’apprentissage des langues, mais t’as aussi de l’expérience, du coup, dans l’enseignement, puisque là tu enseignes l’anglais en ligne, mais tu as également enseigné le français, si je ne me trompe pas.

Adrien : Tout à fait, à Moscou. En fait, c’est d’ailleurs un peu par hasard. J’ai commencé comme ça et je me suis aperçu, en fait, que j’aimais bien la pédagogie si tu veux. Et puis même, j’avais donné déjà des cours avant, mais parfois de manière même impersonnelle en fait, pas forcément en Russie, en France et j’avais vraiment ce goût 1./ pour les langues étrangères, les utiliser dans un travail et après ce goût qui est venu par-dessus pour la pédagogie. Plus le fait de bien aimer les activités en ligne, si tu mélanges tout ça, ça donne aujourd’hui la communauté et de la même manière la communauté que tu as créée aussi, j’imagine avec un peu les mêmes aspirations.

Johan : D’accord, ouais, super intéressant. Effectivement, on a un peu le même parcours puisque j’ai moi aussi commencé par apprendre des langues avant de commencer à les enseigner. J’aimerais bien qu’on aille maintenant dans le vif du sujet puisque les gens qui nous regardent à la limite, ils ne sont ni intéressés par mon expérience, ni par la tienne. Ils veulent, eux, apprendre le français. Déjà, qu’est-ce que tu as pu observer, toi, quand tu enseignais le français en termes de difficulté qu’avaient les apprenants ? Quelle est la difficulté ou quelles sont les difficultés majeures pour ceux qui apprennent le français ?

Adrien : Alors, la difficulté majeure, c’est un grand classique, c’est tout ce qui est genre, (féminin, masculin), et en fait, tous ces petits mots qui font ce qu’on appelle les petits mots… Alors c’est très, très imprécis (je pense que les puristes s’étrangleraient) mais tous ces petits mots qui font la langue française, que ça soit des prépositions, or, ou que ça soit, par exemple, tout ce qui est article, pronom possessif, etc. adjectif possessif surtout, là, évidemment, il y a un travail à faire et on a toujours l’impression que la langue qu’on apprend est plus dure peut-être que celle qui est juste à côté. Ou inversement, parfois on a l’impression que notre langue est plus dure que la langue qu’on apprend, mais en fait, de toi à moi, ça dépend surtout de l’éloignement que tu as avec ta langue maternelle, mais pas que, mais pas que. Et je dirais même que le premier critère en fait, c’est la manière dont tu apprends. Et ce que j’ai pu constater, c’est que les Slaves, de manière générale, notamment les Russes, ont hérité de très bonnes pratiques, c’est-à-dire qu’ils savent apprendre à apprendre. Je pense que ça, ça vient du système éducatif qu’il y avait sous l’Union soviétique de manière générale, et c’est des gens qui sont rigoureux, qui sont disciplinés et réguliers et ça, ça fait toute la différence. Je sais que ce n’est pas forcément très enchanteur, mais en fait, il n’y a pas de secret et c’est de la même façon lorsque vous faites un sport. Par exemple, si vous êtes régulier, vous avez un minimum de discipline. Il faut que ça reste et ça ne peut être qu’un plaisir si vous voulez progresser que ça soit l’anglais ou le français. Il faut avoir cette discipline, il faut avoir cette régularité et quoi de mieux pour ne pas perdre son temps et être efficace et avoir du plaisir que de suivre par exemple, quelqu’un comme toi, qui, et c’est ce qui me semble intéressant dans ton profil et dans le mien aussi : on n’a pas fait que de l’enseignement, d’ailleurs, on n’a peut-être jamais enseigné dans une école stricto sensu, et ça, c’est assez différent et il faut aussi avoir cette proximité avec le formateur. C’est très important, ça sera le troisième critère.

Johan : D’accord ! Donc, effectivement, beaucoup de choses. Au niveau des difficultés dont tu parlais, effectivement, tu ne peux pas imaginer le nombre de fois où on m’a demandé, par exemple : « Johan, quelle est la différence entre “en” et “y” ? ». Donc, c’est ce que tu disais.

Adrien : If you know good luck.

Johan : C’est ça, c’est des trucs vraiment délicats et j’aime bien ton approche en deux temps en fait pour résoudre ces problèmes. Je n’avais jamais creusé cette histoire de personnes plus à l’Est ou de mentalité un peu du temps du soviétisme qui te pousse à la rigueur. En tout cas, c’est aussi une chose dont j’ai toujours parlé, c’est-à-dire la régularité, apprendre régulièrement. Apprendre une langue, c’est difficile ; il faut investir beaucoup de temps. Je ne cesse de le répéter, mais j’ai bien aimé ce que tu as rajouté derrière, qui est de prendre du plaisir parce que la mentalité puritaine qui consiste à dire « je vais me faire mal tous les jours pour apprendre une langue », ce n’est pas ce qui marche.

Adrien : Il ne faut pas deux choses, si je puis me permettre, très importantes sur l’aspect rigoureux des Slaves. Peut-être que je me trompe. N’hésitez pas à me dire si je dis des bêtises, mais en tout cas moi, c’est ce que j’ai constaté, mais c’est que mon point de vue, donc, il est sûrement partiel. Ça, c’est la première chose. La deuxième chose, c’est que… Alors, même, je te dirai que ça provoque un sentiment d’agacement assez profond chez moi lorsque j’entends « il faut sortir de sa zone de confort ». Il ne faut pas sortir de sa zone de confort, il faut l’étaler. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de plaisir à faire quelque chose que ça va mieux marcher. Pas du tout, mais ça ne veut pas dire qu’il ne va pas falloir faire d’efforts. Il ne faut pas confondre la douleur et l’effort.

Johan : Ouais, tout à fait. Après, pour la zone de confort, moi, je dis souvent qu’il faut sortir de sa zone de confort parce que pour moi, si tu veux l’étaler, il faut en sortir. Après, on peut jouer sur les subtilités, mais je vois ce que tu veux dire.

Adrien : Oui il faut pousser la frontière, mais ça ne veut pas dire que ça ne va pas demander d’efforts mais ça aurait pu être juste de la douleur et 100% douleur parce que même la métaphore du sport, si tu es tout le temps dans la douleur, tu vas te blesser. Un sportif, un bon sportif, surtout les sportifs de haut niveau savent écouter leur corps.

Johan : Oui, je suis 100 % d’accord avec toi et tu prêches d’autant plus un convaincu que j’ai eu une tendance à une époque, à tomber dans l’excès, tu vois, inverse qui est de se forcer à tous les niveaux, développement personnel comme apprentissage des langues, et je m’aperçois, mon expérience m’a montré que t’as 100 % raison : on ne peut pas se forcer sur le long terme. C’est impossible.

Adrien : Alors, d’un bon sentiment, le fait que… C’est pas du tout une mise en accusation, c’est vraiment une explication pour dire, ben voilà peut-être, il faut réorienter sa façon de faire si on se trouve dans cette situation.

Johan : Je suis 100% d’accord avec toi. Alors, si je te demandais, même si ce n’est pas le plus facile puisque le sujet est complexe, donc c’est difficile à résumer. Mais si je te demandais ton conseil vraiment numéro 1 pour quelqu’un qui souhaiterait passer de l’état de compréhension à celui d’expression. Beaucoup de personnes qui nous écoutent nous comprennent, mais elles me disent : « Tiens, moi, au moment où je dois parler moi-même, au moment où je dois m’exprimer, je bloque et je n’y arrive pas ». Quels conseils donnerais-tu à cette personne ?

Adrien : Je peux en donner deux ?

Johan : Bien sûr, allez, bonus, deux conseils.

Adrien : Un conseil généraliste. Alors, je ne vais pas réinventer l’eau chaude ni la roue. Première chose : la régularité dans la pratique. Et honnêtement, si vous vous débrouillez un petit peu en cherchant, en étant un minimum, pas forcément un interlocuteur avec lequel échanger en français, en poussant un petit peu, en essayant sans se démotiver la première fois, on peut, à mon sens, toujours trouver un partenaire linguistique. Ça peut se faire assez bien. Parfois, ça nécessite un peu d’ajustement, mais aujourd’hui, avec toutes les applications, les communautés comme la tienne, etc. ça me semble, même si ça dépend un peu des circonstances, mais on peut pratiquer régulièrement. Donc ça, c’est la première chose. La deuxième chose, ça je l’ai dit 50 fois, je sais que les apprenants n’écoutent pas, mais on a tous tendance à vouloir faire des choses compliquées. Par exemple, utiliser le subjonctif à tout prix en français alors qu’il faut s’en tenir à des choses simples. Simple ne veut pas dire simpliste, donc, sujet, verbe, complément, point final.

Johan : Phrase courte.

Adrien : Mais bien sûr ! Sujet, verbe, complément, point, c’est fini. Sujet, verbe, complément, point. Parce que essayer d’exprimer une idée complexe en anglais quand on ne maîtrise pas, au moins jusque quand on est A1, A2, B1, B2 aussi (B2, on est à la frontière), ça va apporter de la frustration. Pourquoi ? Parce que vous allez vous couper en plein milieu de votre phrase. La personne en face, elle n’a pas forcément compris. Vous, vous êtes frustré et du coup, la communication est de mauvaise qualité, alors que si vous prenez sur vous et vous nous faites du sujet, je dis « nous » parce que c’est exactement la même chose en anglais. Donc, sujet, verbe, complément, point. Et en fait, quand vous vous astreignez à ça, après, vous avez des bases très solides et du coup, vous pouvez commencer à faire la phrase complexe. Mais il faut avoir cette patience en fait, et vraiment respecter, à mon sens, ce conseil et dans n’importe quelle langue, de manière générale « Indo-Européenne ».

Johan : Non mais, ce que tu dis, c’est super pertinent. Moi, je me souviens de mon expérience avec l’allemand. C’est facile en allemand de faire de très longues phrases avec 3 fois « dass », « weil »…

Adrien : Et avec des mots de trois kilomètres.

Johan : C’est ça, ouais. Et je suis tombé dans ce piège à un moment, à essayer de faire des phrases compliquées. Effectivement, ben t’arrives au milieu de ta phrase très compliquée ou très longue, ou un ensemble de deux phrases et tu ne sais plus où t’as commencé et c’est vrai que si on s’en tient à des phrases courtes, simples, prononcées de façon lente, ça ne sert à rien d’essayer de se dépêcher. Parfois, je sais pas si tu as déjà vu ça, mais tu as l’impression que ceux qui pratiquent ont envie, tu vois, que ça sorte le plus vite possible pour être tranquille, alors qu’il vaut mieux être calme, court et posé.

Adrien : Et faire des phrases courtes parce que du coup, vous limitez le nombre d’erreurs et votre communication sera de bien meilleure qualité alors qu’on pense que si on essaye de faire quelque chose compliquée, ben ça nous rassure parce qu’on se dit inconsciemment : « Bah, ça veut dire que si j’arrive à faire la chose compliquée, je maîtrise les choses simples ». Malheureusement non.

Johan : C’est vrai, je suis d’accord. Donc, rester simple et régularité dans la pratique, tu as évoqué des applications, etc. Qu’est-ce que tu dirais à une personne qui te dirais ce qu’on me dit souvent : « Oui, mais moi, je ne vis pas en France, je ne peux pas apprendre le français. Moi, je ne vis pas en Angleterre, je ne peux pas pratiquer l’anglais ». Comment tu pratiquerais si tu souhaitais le faire dans une langue étrangère ?

Adrien : Alors déjà, pour tous ceux qui habitent dans une grande ville… Alors je ne connais pas exactement les spécificités locales et pour chaque pays, mais vous pouvez par exemple trouver des cafés langues, vous pouvez aller sur Meet up : m, e, e, t, u, p (c’est un phrasal verbe, un verbe à particule adverbiale). « Meet » plus plus loin « up », OK, vous avez compris que ça veut dire « rencontrer ». Je ne veux pas vous faire l’injure de prolonger mon explication. Je me fais un petit peu plaisir en mettant en français soutenu hein ? Et du coup, soit vous utilisez quelque chose qui est près de chez vous comme tout ce qui est rencontre polyglotte. D’ailleurs, j’aurais peut-être une anecdote à te raconter si on a un petit peu de temps, mais je sens que ça va. Faut me taper sur les doigts et me dire que non, numériquement.

Johan : Pas de souci.

Adrien : Alors ça c’est la première chose et deuxième chose, il y a des applications, je ne sais pas lesquelles tu conseilles, mais par exemple, Tandem, ça marche très bien. Il y a vraiment la possibilité… Moi, par exemple, je fais les cours prononciation avec Níko, qui est une professeure américaine qui a un très bon niveau, qui a apprend le français, mais elle a un français… elle doit avoir un niveau A2-B1. On fait des vidéos ensemble en fait souvent et du coup, elle, elle me corrige ma prononciation parce que le but du jeu, moi, je voudrais avoir une prononciation où on me confonde vraiment avec (puisque je fais American English), donc, vraiment avec un Américain en fait. Avec WhatsApp, on échange, mais ça me prend une heure par jour, donc c’est vraiment quelque chose… Mais on y va, on va vraiment dans le niveau C2+.

Johan : D’accord ! Donc, là, effectivement, t’essayes de…

Adrien : Ça marche pour moi, donc, ça marche pour tout le monde.

Johan : Oui, oui, oui, évidemment. Donc, tu utilises… OK, donc, pour les grandes villes Meet up, Tandem (donc une application mobile). Moi, je connais (Tandem, Tandem.net) HelloTalk. C’est un peu la même chose.

Adrien : Bien sûr, voilà, tout à fait.

Johan : Donc, c’est vrai qu’on est dans un monde dans lequel il n’y a pas d’excuses en fait. En cherchant un petit peu, on peut apprendre de n’importe où la langue qu’on souhaite. Alors tu as prononcé justement, ou tu as parlé de prononciation et c’est un sujet que je voulais aborder également, donc, ça s’enchaîne plutôt bien. Toi, tu cherches à avoir une prononciation quasi, très proche de celle d’un natif. Alors moi, je pense que c’est complexe. J’ai jamais personnellement rencontré d’étranger qui avait un accent français parfait au point d’être confondu, donc, je pense que le challenge est très, très haut.

Adrien : Mais au moins, tu vois… Mais, je me mets un challenge haut parce que sinon ça ne vaut pas le coup quoi.

Johan : Tu sors de ta zone de confort, Adrien.

Adrien : Je l’étale, justement.

Johan : Donc, qu’est-ce que tu donnerais, puisque toi, tu t’es fixé un objectif super haut, surtout pour un Français ? Moi, je sais que j’ai un accent coupé au couteau en anglais.

Adrien : Briser cette malédiction parce que cette malédiction, elle est purement culturelle.

Johan : Hum, je ne pense pas. Il y a aussi des raisons techniques qui font que les Français ont plus de problèmes de prononciation en termes de fréquence de notre langue qui est différente, etc.

Adrien : Oui, mais ça n’explique pas l’écart qu’il y a entre… Je veux dire que c’est toujours les mêmes qui parlent anglais n’importe comment, alors que, par exemple, les Portugais sont super, ont un super niveau en anglais et ça reste une langue latine. L’accent n’est pas forcément parfait parce que eux, si tu veux, ils ne vont pas faire de doublage, etc. Ils l’apprennent beaucoup plus tôt à l’école et c’est vraiment très frappant en fait.

Johan : Bien sûr. Alors là, tu parles de niveau global. Effectivement, on pourrait faire beaucoup de choses pour mieux parler anglais en France. Là, je parlais vraiment de notre difficulté liée à notre langue maternelle à bien prononcer. Ça, je pense qu’on est un peu handicapé, mais bref, comment tu ferais ?

Adrien : On a une langue plate et comme le coréen, on est une des rares langues avec le coréen à avoir très peu d’intonations en fait, et ce qui est peut-être un avantage pour les apprenants non francophones bien évidemment, à ceci près que nous, on a une grande différence entre ce qu’on lit et ce qu’on prononce. Par exemple la prononciation des T à la fin des mots, comme un « instante » au lieu de « instant », « beaucoupe », etc. Faut faire attention. Et c’est un peu comme l’accent tonique en anglais, où tu dois en fait quasiment l’apprendre pour chaque mot, sinon tu as des règles tellement compliquées que tu ne peux pas les mobiliser quand tu parles. Là, il n’y pas le choix, la pratique. Cependant, il faut être malin, donc, faire du 20/80 et on revient, on reboucle avec ce que je te disais pour la prononciation précédemment. 1./ Apprenez toujours la prononciation avec le vocabulaire.

Johan : D’accord ! C’est-à-dire t’apprends un mot, tu apprends la façon de le prononcer avec ?

Adrien : Moi, je pense personnellement (tu vas peut-être totalement en désaccord avec moi) qu’un livre juste à l’écrit pour une langue et spécialement pas forcément pour le  russe – le russe est plus discutable, l’allemand aussi – mais pour le français et pour l’anglais, où tu n’as pas au moins la phonétique et encore où tu n’as pas les enregistrements audio parce qu’aujourd’hui, ça peut se faire numériquement, pour moi, c’est quasiment criminel parce que la personne, surtout un Français par exemple qui apprend l’anglais, mais en fait, il va apprendre n’importe quoi au niveau prononciation et ça ne servira à rien parce qu’il ne pourra pas utiliser ce mot à l’oral et en plus, il aura pris de mauvaises habitudes. Donc après, il faudra enlever la mauvaise habitude et réapprendre. Donc, il aura fait trois fois le chemin au lieu de une. Avec en plus du vocabulaire… Souvent pendant mes conférences, tu vois, je dis : « Vous voyez, vous avez une poutre ici et là, vous avez la lumière. Lequel il faut apprendre : poutre ou lumière ? La lumière, light, évidemment. OK ? Mais souvent, en fait, on s’aperçoit dans les méthodes ou d’une manière générale qu’on n’apprend pas du vocabulaire pertinent.

Johan : Ouais, je suis d’accord. Alors, ça, c’est des choses que je dis aussi, ouais.

Adrien : “My tailor is rich”. Depuis quand as-tu utilisé le mot « tailleur » en français la dernière fois ?

Johan : Ça commence à faire un moment.

Adrien : Non, pas le vêtement.

Johan : D’accord ! Donc, se concentrer sur des choses utiles. Je suis tout à fait d’accord. Et donc tu confirmes aussi une chose que je pense personnellement qu’on peut (parce que ça paraît contre-intuitif), qu’on peut apprendre à améliorer sa prononciation en écoutant finalement.

Adrien : C’est même indispensable. D’ailleurs, il y a des choses qui marchent très bien, comme le shadowing, le fait de répéter par exemple après Johan quand vous l’entendez, surtout que tu adoptes, tu fais vraiment très attention à adopter un débit qui soit suffisant pour être naturel mais en même temps qui soit suffisamment bien sûr « lent » pour faciliter la compréhension. Et il suffit de répéter après toi, et ce qui est magique avec Internet aujourd’hui et vous qui nous écoutez, si vous avez appris des langues, par exemple, même dans les années 90 ou bien évidemment avant, les outils qu’on avait à notre disposition n’avaient absolument rien à voir. Vous n’aviez pas accès, par exemple, à Johan tout simplement et ça, ça change tout.

Johan : Ça change tout, je suis d’accord.

Adrien : Par contre on se retrouve vite noyé par l’information et c’est là où c’est intéressant d’avoir un fil d’Ariane, c’est-à-dire un fil conducteur, et de se tourner vers toi, par exemple, pour dire : « OK, qu’est-ce que je dois apprendre et dans quel ordre ? ». Et c’est comme ça qu’on va beaucoup plus vite.

Johan : Ouais, donc, le fait de dire « je me concentre sur ce qui est utile ». Moi, j’ai une expression qui reprend ce que tu dis. C’est « l’apprentissage juste à temps ». Donc, j’apprends des choses dont j’ai besoin et effectivement, le mot « poutre », je ne vais pas l’utiliser tous les jours, donc je vais d’abord apprendre le mot « lumière ». Et j’ai créé un cours de prononciation, justement, que je voulais être différent des autres cours de prononciation où la première étape c’est d’écouter beaucoup en fait. Donc, c’est exactement ce que tu dis. Beaucoup écouter pour que ton cerveau, lui, il sache lorsqu’il devra prononcer ce mot quelle est la prononciation correcte. Donc, ça me paraît très pertinent et en fait ça corrobore une chose que je pense et que j’ai mise en pratique moi-même.

Adrien : Et la phonétique aussi. Moi j’adore. En tout cas, pour l’anglais, c’est indispensable. Moi, je pense que la phonétique a un côté rebutant parce qu’on se dit en tant qu’apprenant, c’est super technique, ce n’est pas pour moi, je ne suis pas un linguiste. Pas du tout en fait, ça se maîtrise assez facilement et après, vous pouvez l’utiliser pour vous autocorriger parce que c’est un peu le juge de paix en fait.

Johan : Je suis moins fan, j’ai moins d’expérience, mais c’est peut-être effectivement une chose où je devrais aller plus loin.

Adrien : Pour les langues toniques, t’as pas le choix en fait.

Johan : Ok, alors, ben, écoute, tu nous as déjà donné plein de conseils pertinents, plein de choses à faire pour apprendre le français, l’anglais ou n’importe quelle langue. Est-ce qu’il y aurait une chose ou plusieurs choses (puisque tu aimes les bonus) que tu conseillerais de ne pas faire ? Tu dirais : « Ne fais pas ça si tu veux apprendre le français ou apprendre l’anglais ou n’importe quelle langue ».

Adrien : Première chose pour apprendre le français, si je suivais ce que tu faisais et je le dis sérieusement, ce n’est pas une boutade, ce que je déconseillerais de faire, c’est de ne pas… Je déconseillerais les gens qu’ils ne t’écoutent pas, en fait.  Je t’explique pourquoi. En fait, on a tous une tendance naturelle à se dire : « OK, je veux atteindre tel objectif, je veux maîtriser, par exemple, j’ai un niveau A2 en français, je veux avoir un niveau B2. Je pense que je dois faire comme ça ». Et après, on va voir quelqu’un comme toi et ce n’est pas forcément que tu nous expliques pas exactement les choses de la façon dont on avait envisagé tu vois. Et parfois on perd du temps à pas écouter le formateur, mais vraiment, je sais que ça a un petit côté dirigiste quand je l’explique, mais il faut vraiment écouter les gens qui sont passés par exactement la même chose que vous. Et après, bien évidemment, en fait, c’est practice makes perfect. C’est la pratique qui rend les choses… qui te rend excellent. Et ça, y a rien à faire. Régularité + plaisir = progrès rapide.

Johan : D’accord ! Donc, écouter ceux qui ont de l’expérience et qui ont atteint ce que toi, tu souhaites.

Adrien : Faut pas se poser… Ça peut paraître contre-intuitif, mais il ne faut pas se poser trop de questions. C’est d’ailleurs, pour ça, je reviens aux sportifs, mais aussi aux militaires. Souvent, les militaires et les sportifs sont très bons pour apprendre parce que c’est des gens qui ont l’habitude en fait, tu leur dit : « OK, c’est comme ça, tu le fais tous les jours », il le fait comme ça et tous les jours. Et si c’est la bonne à faire, ding, ding, ding, ding ! Voilà.

Johan : Ouais, ça, bien sûr, t’oblige à choisir la bonne personne parce que si tu suis quelqu’un qui n’est pas forcément compétent, tu vas droit dans le mur, mais je suis assez d’accord là-dessus parce que c’est vrai que souvent, on peut dire « oui, mais je vais écouter que 30 % de ce que lui il dit et le reste, je vais le faire par moi-même ». Mais effectivement, tu risques de faire des erreurs.

Adrien : C’est dommage, en fait, de ne pas se fier à son intuition. En fait, quand vous choisissez votre formateur, tout simplement, dites-vous : « Est-ce que j’aimerais par exemple, aller me promener le dimanche avec cette personne pour discuter avec elle ? » tout simplement. Il faut qu’il y ait un minimum d’affinité. Et ça, c’est vous seul qui pouvez le choisir. Par exemple, quand j’ouvre le programme d’une de mes formations, je dis toujours aux gens : « Devenez membre de ma formation évidemment, si vous pensez qu’elle peut vous permettre de progresser en anglais et ça, vous êtes seul, vous pouvez en être juge et surtout, si vous aimez bien ma pédagogie, en fait ». Parce que de la même manière, moi je vais avoir un groupe d’apprenants avec lequel je m’entends bien, en fait. Donc, c’est une relation d’égal à égal. Mais comme chacun a la maturité suffisante (parce qu’on sait un minimum apprendre à apprendre), les gens savent que je peux leur apporter ce qu’il faut et je sais comment m’y prendre pour les aider. Je suis sûr que c’est exactement la même chose avec toi. Donc, je trouve que c’est intéressant de clarifier au préalable la relation qu’on a avec le formateur et de bien comprendre les valeurs aussi que lui il a, et la façon dont il s’y prend. Si vous respectez bien ça avec la régularité, vous aurez du plaisir et vous allez avancer et surtout le message pour les francophones, pour les non francophones : apprendre une langue étrangère, c’est : 1./ évidemment possible et il n’y a pas de fatalité. Je ne suis pas bon en français, peut-être que ça fait des années que vous n’arrivez pas vraiment à progresser. C’est sûr que vous pouvez le faire. Il n’y a aucun souci là-dessus. Ça prendra un petit peu de temps. Ça demande des efforts, voire beaucoup d’efforts, mais il n’y a encore une fois, pas de fatalité. Ça, c’est extrêmement important que vous le preniez en compte, chers amis.

Johan : Ben écoute, c’est, je pense, parfait, pour conclure cette interview. Est-ce que tu peux nous dire… tu nous parlais de ta chaîne tout à l’heure. Où est-ce que les gens qui ont envie d’en savoir plus sur toi, que ce soit d’un point de vue apprentissage global ou apprentissage de l’anglais, puisque beaucoup de membres de Français Authentique veulent améliorer leur anglais ? Et moi, j’aime beaucoup ce que tu fais sur ta chaîne. Où est-ce qu’ils peuvent te trouver ? Où est-ce qu’ils doivent aller voir ?

Adrien : Alors, vous allez sur la chaîne, vous tapez « Adrien anglais », généralement ; c’est une grosse communauté, vous allez me trouver dans YouTube, je mets un cours par jour. Ça m’a fait une spécificité depuis plus de trois ans.

Johan : Ce n’est pas ta seule spécificité parce que j’ai aussi vu que tu avais une native avec toi pour faire les vidéos. Ça, c’est une deuxième spécificité.

Adrien : On fait des dictées en fait. Moi, je n’aurais jamais pensé que les dictées, ça soit si intéressant, mais en fait, c’est très, très bien les dictées. Qu’on fait souvent avec Nico dont je vous parlais précédemment. Il suffit de taper « I speak spoke spoken » qui est donc le verbe irrégulier « to speak » He longs to speak, détendu, OK, pour prononcer l’enchaînement des voyelles et vous allez me trouver sur Internet.

Johan : Sur YouTube. De toute façon, il y aura un lien en bas de cette vidéo pour y aller directement, mais donc, la chaîne YouTube, c’est l’endroit, le meilleur endroit pour découvrir ton contenu.

Adrien : Voilà, parce que moi, j’aime beaucoup YouTube comme support d’enseignement. Je trouve que c’est parfait. Je préfère ça des réseaux sociaux qui sont vraiment purement des réseaux sociaux, du style Instagram, Facebook pour lesquels je suis aussi, mais je trouve que YouTube, c’est parfait pour tout le monde.

Johan : Et tu travailles – on voit derrière toi – tu travailles sur tableau blanc dans tes vidéos, donc, tu écris beaucoup.

Adrien : Ouais, il y a les projos et tout. Ouais, ouais, bien sûr.

Johan : Bon ben voilà. Je pense que nos amis iront voir ça. Merci beaucoup pour ton temps Adrien, et pour tous tes conseils pertinents.

Adrien : Merci à toi du temps que tu m’as consacré sur ta chaîne et merci surtout, chers amis, à vous, chers amis. D’ailleurs, et c’est toute la « cruauté du français ».  C’est à la fois pour la gente féminine, la gente masculine et pas de changement de prononciation, mais vous l’avez compris, je m’adressais à vous tous. Merci d’avoir regardé cette interview jusqu’à la fin et au plaisir, éventuellement, d’échanger avec vous. Peut-être que je pourrais répondre à un ou deux commentaires juste en dessous.

Johan : Avec grand plaisir. A bientôt Adrien.

Adrien : Merci beaucoup. Bye bye ! Bonne journée à vous !

Johan : Au revoir !

Voilà, j’espère vraiment que tu as apprécié cette interview. Personnellement, je trouve qu’il y a beaucoup de conseils pertinents qui ont été partagés par Adrien. Le premier que je retiendrais, j’en parle beaucoup, c’est de prendre du plaisir. Prends du plaisir si tu veux apprendre le français. Si tu ne prends pas de plaisir, tu vas vite abandonner.

Le deuxième point, c’est d’être régulier. Si tu veux bien parler une langue, si tu veux bien t’exprimer dans une langue, tu dois travailler régulièrement. Ça, c’est le deuxième conseil d’Adrien.

Il te conseille également de rester simple, de faire des phrases courtes, de ne pas essayer de rendre les choses trop compliquées, trop complexes. Fais des phrases simples, fais en sorte de parler simplement en français, tu auras un message beaucoup plus clair.

Pour ce qui est prononciation, il conseille de beaucoup écouter. Ça devrait te rappeler les conseils donnés par quelqu’un d’autre, c’est-à-dire moi. Ecoute beaucoup. L’écoute te permet d’améliorer ta prononciation. Et il conseille aussi de travailler avec la phonétique, l’alphabet phonétique. Ce n’est pas une chose que je préconise personnellement, mais Adrien a de très bons résultats avec ça.

Et enfin, il te conseille de pratiquer. On ne peut pas s’améliorer si on ne pratique pas. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, comme disent les Français. Et pour ça, lui, il te conseille des sites comme Meet up, comme Tandem.net et bien sûr, du type de l’académie Français Authentique, puisque c’est comme ça qu’on apprend et qu’on s’améliore dans une langue : c’est en pratiquant.

Merci de nous avoir suivis. Si tu veux d’autres interviews de ce type, dis-moi en commentaire qui tu aimerais voir. Y a peut-être des personnes inspirantes que tu aimerais que j’interviewe. J’ai parlé avec Steeve Kaufman, par exemple. Ça a été une vidéo très populaire. Il y a une vidéo avec le journaliste Ouadih Dada qui a présenté pendant plusieurs années le journal télévisé. Donc voilà, si tu souhaites que j’invite d’autres personnes, n’hésite pas à me le dire dans la section commentaires. Laisse un petit « j’aime » si tu as apprécié les commentaires d’Adrien, ça nous encouragera tous les deux. Rejoins sa chaîne I speak spoke spoken si tu as envie d’améliorer ton anglais. Et évidemment, rejoins la chaîne de Français Authentiques si ce n’est pas encore fait.

Je te dis à très bientôt. Salut !